Ce jour où j’ai écrit 387 nuits
CE JOUR Où J’AI ÉCRIT 387 NUITS Mercredi 28 juillet 2021. 11 heures 52. Coincée dans les bouchons parisiens, chaleur éreintante, raie du cul qui suintait, aisselles qui puaient et musique trop forte. Rebelle que je suis, je n’avais pas peur de passer le temps en scrollant sur mon téléphone et, addict à mes mails, je réactualisais chaque seconde dans l’espoir d’en recevoir un intéressant. Et ce qui a suivi a même dépassé mes espérances. Alors que mon pouce glissait une fois encore sur mon écran, il est apparu, celui qui allait me faire lâcher une larme, celui qui allait me provoquer une tachycardie, celui qui allait mouiller encore plus mon troufion : LE mail. Sans même que j’aie besoin de l’ouvrir, le titre m’a fait perdre mes moyens. J’en ai oublié d’avancer, me suis fait klaxonner, les ai à peine entendus et j’ai continué de bloquer la route. Mes paupières ne clignaient même plus et mon cœur croyait exploser. J’ai relu une fois encore, comme pour m’assurer que mes yeux ne me mentaient pas : « Droits audiovisuels ». Deux mots. Deux mots qui pouvaient réaliser mes rêves les plus profonds. Deux mots qui pouvaient m’envoyer sur un plateau de cinéma, dans les bureaux de Netflix ou sur le tapis rouge de Cannes. Deux mots. Deux mots et je m’y voyais déjà. Je me suis empressée d’ouvrir le mail, incertaine que tout cela puisse arriver, et je l’ai survolé en diagonale. « Société de production », « droits », « roman », « adaptation en série ». C’était donc vrai. J’avais été contactée par une société de production pour adapter mon roman en série. Mon roman. En série. C’était mon ⭐rêve⭐. Enfin, l’un de mes rêves. Parce que le premier, c’était d’écrire des livres et de réussir à en vivre. Ça, je l’avais déjà accompli, et c’était fou. Je partais donc du principe que dans la vie, on ne peut pas réaliser deux rêves. Parce qu’il faut en laisser pour les autres. Mais là, alors que j’étais noyée dans la pollution, au milieu des taxis qui continuaient de me klaxonner, on m’offrait la chance d’en réaliser un deuxième. J’imaginais déjà l’actrice qui allait jouer Mary, je me voyais au milieu des plateaux à engueuler des comédiens alors même que je n’y connaissais rien, ou en réunion avec les réalisateurs sans savoir de quoi on parlait. J’ai foncé pour répondre, sans relire et en faisant une faute, excitée comme jamais, les yeux un peu trop mouillés et les poumons incapables d’oxygéner tout mon corps correctement. J’ai échangé quelques mails avec l’assistante de prod, envoyé le livre et attendu un retour. Un été s’est écoulé. Elle me l’avait dit : « Nous reviendrons vers vous dans quelques semaines. » Rien. Et puis, en octobre, je l’ai reçue. La fameuse réponse qui est venue mettre un terme à mes espoirs, avant d’en faire naître d’autres. Ils ne me voulaient pas. 387 jours ne les avait pas convaincus. Pas suffisamment, en tout cas. C’était un échec. Mais, pour moi, ce n’était que le début. Car dans ma tête, la graine était plantée. D’abord, parce qu’une production s’était intéressée à mon projet. À moi. La petite Noëllie Pittet avait été contactée par une prod. Et même si je n’ai jamais douté du fait que mes livres feraient une très bonne série, recevoir une proposition a renforcé mes croyances. Mais surtout, ce mail m’a donné plus que l’espoir d’une série. Il m’a donné une idée. Pourtant, dans un premier temps, j’en ai voulu un peu au destin de m’avoir trompée. De m’avoir fait croire que cette fois, le chemin serait facile, qu’on m’accompagnerait sans que j’aie trop à me battre et que les portes s’ouvriraient sans que j’aie trop à les pousser. Avec ce mail, j’avais vu les choses avec simplicité, pour une fois. Alors oui, même si la vie m’offre déjà tant, je lui en ai voulu de m’avoir envoyé ce mail pour finalement me le reprendre. Mais c’était avant de me rappeler que tout a un sens, et que tout arrive pour une raison. Et la raison, je la comprenais enfin… Dans ma tête, je n’avais jamais reçu le mail qui m’annonçait leur refus. Dans ma tête, 387 jours devenait une série. Tout s’installait confortablement dans ma créativité. Mary reprenait sa place et accomplissait ce que je n’avais pas réussi à faire. Elle avait signé pour vendre les droits audiovisuels du roman et, dans notre monde, 387 jours était devenu une série. Mieux, c’était devenu LE film. Dans notre monde, il était devenu 387 nuits. J’avais tout. L’histoire, les nouveaux personnages — de la réalisatrice diabolique à la comédienne trop ambitieuse —, l’intrigue, les rebondissements et la chute. Novembre 2021. Je me suis installée à mon bureau, j’ai ouvert une page blanche sur mon ordi et j’ai attaqué. Dans ce nouveau livre, j’ai mis mon cœur et tout a pris sens. C’était donc ça, le but de ce mail du 21 juillet. Non pas de faire de mon livre une série, mais de lui donner une suite. Ils m’avaient offert toute l’histoire. Et je l’aimais encore plus que la réalité. Pendant des semaines, j’ai écrit sur Sam. Sam, c’est une jeune comédienne de 29 ans, dont le rêve est de devenir une grande actrice. Ses ambitions sont les miennes et ses excès sont les nôtres. Sam, c’est tout ce que Mary ne vous a jamais montré et ce qu’elle n’a jamais su être. Et Sam m’a rappelé une chose essentielle : tout arrive lorsque c’est le bon moment. (Bon, en réalité, c’est pas Sam qui m’a rappelé ça, mais Jonathan Cohen mon bébé que j’aime dans le podcast « La table ovale » sur la gestion de l’échec. Je vous jure, meilleur podcast du monde. Dans celui-ci, il explique que lorsque vous êtes sur le bon chemin, les portes s’ouvrent et tout s’aligne comme une évidence. Et si vous allez contre la personne que vous devez être, rien ne fonctionne. Parce que chacun sa route, chacun son chemin — c’est cadeau, je sais que tu l’as dans ta tête. Ce
