
Lundi 6 octobre 2025. Me voilà repartie dans une nouvelle aventure : Baiseness. Ce roman léger, drôle et écrit avec brio par une auteure à succès et, surtout, extrêmement humble, dont l’histoire est celle d’une femme parisienne, la trentaine passée, qui, suite à un manque de piment dans sa vie, décide de devenir scénariste de films pornos. Forcément, avec une telle histoire, je devais connaître le terrain. Et si, la plupart du temps, cette réalité n’est pas trop compliquée car mes romans relatent des histoires d’amour loufoques, d’amitié de folie ou même d’aventures improbables, le sujet devient plus complexe lorsque le centre du roman est l’industrie du porno.
Bien sûr, je n’ai pas détaillé celle-ci. D’abord, parce que je n’avais pas le temps de devenir Elise Lucet et d’enquêter pendant 6 mois sur le milieu du porno mais surtout parce que ça n’a jamais été mon but. Si je peux dénoncer, un tantinet les conditions extrêmes ou inhumaines, il n’empêche que Baiseness a pour vocation principalement le divertissement et la légèreté. Et l’enseignement.
Dans cet ouvrage de qualité, je devais bien sûr vous donner envie. Parce que si j’avais choisi de mettre mon héroïne, Emma, dans le milieu du porno, c’était surtout pour me permettre une liberté sexuelle que lui seul pouvait m’offrir. Et quelle liberté !
Je le reconnais, j’ai moi-même une petite connaissance du porno.
Depuis quelques années maintenant, j’aime me mater un petit porno de temps en temps, qu’importe ma situation amoureuse d’ailleurs. Mesdames, par pitié, même si vos mecs sont des dieux du lit, qu’ils vous procurent orgasme sur orgasme, que leur langue se lie à vos lèvres à merveille, n’oubliez jamais un petit porno en solitaire de temps en temps. Pour le plaisir. Toujours.
Grâce à ces années de pratique, j’avais acquis une connaissance assez générale, voire plutôt pointue du monde du porno. Je connaissais tous les scénarios, certains véritablement loufoques, d’autres plus classiques. Mais si ma mémoire me rappelait aisément des scènes que mon clito se souvient encore, il n’empêche que ma mémoire avait bien besoin d’être stimulée pour être capable de vous écrire un bon roman. Pour le bien de Baiseness, évidemment.
Pour le bien de Baiseness, évidemment.
C’est ainsi que très régulièrement, mes recherches google se terminaient sur des sites pornos pour m’assurer de la crédibilité de mes dires. Et ce, parfois même en public. Car en tant qu’écrivaine de renom, et surtout cliché d’autrice, il m’arrive d’aller écrire au milieu de la forêt dans un chalet au milieu de la France profonde ou, inversement, dans des petits cafés parisiens, café que je n’aime pas à la main, tête dans mes pensées, et yeux sur… un porno, donc.
C’est ce qui est arrivé ce Lundi 6 octobre 2025. Ce jour d’automne un peu gris, j’ai décidé de travailler dans un café de bobo, un qui faisait à la fois cours de couture et librairie, à l’extérieur de Paris tout en y empruntant les couleurs. Un café de banlieusard chic. Je suis entrée, ai analysé tous les gens qui m’entouraient, ai constaté que la moyenne d’âge était la mienne et ai conclu que peu de gens bossaient en journée. Vous me direz qu’ils étaient comme moi. Je vous dirais donc qu’il existe beaucoup de saltimbanques dont l’apparence est plus importante que la productivité. Car soyons honnêtes : je ne suis jamais aussi peu productive que lorsque j’écris dans un café. Pourquoi ? Parce que ma seule préoccupation est de savoir si j’ai l’air suffisamment mystérieuse et pensive pour que l’inconnu aux cheveux aussi bouclés que les poils de ma chatte et au regard dont l’intensité concurrence le café que je n’aime (toujours) pas, ai envie de me parler.
Cela aurait pu être le cas si l’histoire ne se terminait pas comme je vais vous la raconter.
Je commandais un café, donc, directement au comptoir, y ajoutais un cookie au matcha que je n’aimais pas non plus, payais une fortune alors que tout était dégueulasse et je demandais une table qui s’est réduite à un bout de bar sur un tabouret face à la rue, collée à une meuf dont les écouteurs criaient trop forts Lousita Cash. Tu ne la connais pas ? Moi non plus, mais les parisien.nes oui. Et puis, est venu le moment où je n’avais plus le choix, où, pour feinter une raison d’être ici et me noyer dans la masse, j’ai travaillé. En d’autres termes, j’ai écrit un chapitre. Un chapitre qui, sans surprise, parlait de cul. Et là, la panne. Pas pour mon personnage, pour moi. Impossible de trouver le fameux piment, de rallumer la flamme, de donner à Emma ce qu’elle méritait. J’avais besoin d’inspiration. J’avais besoin de porno.
Maligne, j’ai empoigné mon téléphone, évitant le grand écran de mon ordi, mis mes écouteurs pour gagner en discrétion et j’ai foncé sur google. J’ai tapé « porno original », ai évité de justesse du contenu franchement dégueulasse, me suis contentée de « films pornos » et ai scrollé pendant 3 minutes le temps de trouver un site décent, nos classiques du terme ayant étaient détruits.
RIP Pornhub. Tu me manques encore.
Je débarquais donc sur un substitut de site porno, un dont l’ergonomie laissait à désirer mais qui au moins m’apportait la seule chose dont j’avais besoin : de l’inspiration. J’ai calé mon téléphone sur mes jambes, presque sous la table, ai baissé la luminosité au maximum, ainsi que le son au minimum, histoire de ne pas faire comme ma voisine, version cochonne. J’ai cherché quelques secondes des vidéos, en ai vu une dont le titre « une cuisinière de concombre » m’interpellait et j’ai cliqué. Si le visuel me donnait une bonne idée de la situation, le son très bas et lointain m’empêchait de tout comprendre, à savoir le plus important, le scénario. J’ai augmenté le son, enfoncé un peu plus mes écouteurs qui semblaient ne rien diffuser du tout et constaté les regards sur moi qui s’intensifiaient.
En quelques secondes à peine, sans me laisser le temps de comprendre, la fan de Lousita Cash Pistache s’est éloignée, pour laisser le beau brun mystérieux s’approcher. C’était le moment, celui où j’avais capté son attention… et sa gêne. Il m’a tapé sur l’épaule alors que je le regardais déjà dans les yeux, et, en baissant les siens, il m’a baragouiné une phrase, qu’il a dû répéter une fois mes écouteurs retirés : « Vos écouteurs ne sont pas branchés ». C’était donc ça, les regards. Mes écouteurs sans fil, ces connards d’HighTech, s’étaient connectés à mon ordinateur. Un classique. Ils le faisaient tout le temps, souvent à la salle de sport, switchant de mon téléphone et captant parfois ma voiture. Une énigme. Une énigme qui aujourd’hui me coûtait une honte colossale. C’est ce que j’ai vécu, ce jour où j’ai regardé du porno en public.

Une réponse
Mais mdr la gêne du moment 🤣🤣