
Lundi 29 juin. Un déménagement. Un déménagement improbable ? Celui de mes parents. Et tout près de chez moi. Jamais je ne l’aurais mis dans mon bingo 2026 celui-ci. Et pourtant.
Pourtant, il y a quelques mois, mes parents me l’annoncent : On déménage. La retraite, le temps, les enfants, les petits-enfants. C’est logique, ils veulent en profiter. Bonne nouvelle pour eux, ma sœur, et donc mes neveux, n’habitent qu’à quelques kilomètres. Autre bonne nouvelle, je cumule les plaisirs en pouvant profiter de Paris tout en étant dans la campagne profonde. De quoi les convaincre
Si les premières discussions sur le sujet n’étaient que des premières discussions sur le sujet, souvent nourries par un apéro corsé ou par des chimères qu’on n’imagine jamais prendre vie, il s’est avéré que début 2026 mes parents ont mis en vente leur maison, celle de mon enfance. Pas de quoi me faire verser une larme, je n’avais pas d’affection particulière pour celle-ci. En revanche, mes parents, eux, ne quittaient pas seulement leur maison, ils quittaient des souvenirs d’enfance, des amis, toute une vie. Certes, à seulement 2 heures et donc qu’ils pourront retrouver, mais tout de même : ils disaient au revoir à la Normandie. Ils l’ont fait.
En une semaine, la maison qui m’avait vu grandir était vendue. Plus le choix, il fallait maintenant trouver une maison, et vite. Mais avant, il fallait faire pire : déménager. Chanceux qu’ils sont, leur fille, aka moi, a la chance d’avoir une très grande grange, qu’ils se sont fait un plaisir de remplir de leurs affaires. Une fois le dos cassé par une machine à laver et des meubles trop nombreux, une fois les allers-retours en camion loué dont la caution peut s’envoler à chaque entrée dans le portail, et une fois la pluie de janvier qui nous ralentissait, on l’avait fait, ce déménagement. Maintenant, il fallait savoir où emménager. Et ça, c’était une autre histoire.
Pendant des semaines, mes parents cherchaient, logeant à la maison le temps des visites, repartant dans notre maison de vacances en Bretagne lorsque les temps étaient plus calmes. Rythmés, ces derniers mois donc. Et surtout, frustrants. Car à chaque nouvelle visite, ils y croyaient. Mais rien. C’était trop cher, pas assez récent, trop petit, pas suffisamment grand. Bref, ce n’était pas la maison de leur rêve, même si ce n’était pas vraiment ça qu’ils cherchaient. Eux, ils étaient cools et surtout très en accord avec leur besoin. Ce qu’ils voulaient c’était quelque chose de simple. Un pied à terre pour quelques mois dans l’année, pouvant accueillir leurs petits-enfants, sans jardin et avec un peu de charme. Rien de bien sorcier. Mais dans le coin, les biens sont rares. Rares et très chers. Alors ce qui s’avérait une recherche simple sans prise de tête et vite devenue une galère. Jusqu’à la pépite.
Scrollant sans relâche, installée dans son canapé, téléphone dans une main, Kitkatball dans l’autre, ma mère l’a trouvée, sa nouvelle maison. C’est en tout cas ce qu’elle pensait lorsqu’elle l’a vue sur Le Bon Coin, avec son salon poutres apparentes, sa cuisine neuve mais pas trop grande, les deux salles de bain dont l’une avec baignoire pour laver le cul du gosse, le garage où un kangoo peut se garer et pas de jardin. Tout était parfait. Tout, sauf le fait qu’elle soit en face de ma maison.
Le drame. Si mes parents comprenaient parfaitement que je ne voulais pas qu’ils habitent dans la même rue que moi, il n’empêche que j’y ai réfléchi.
Dans un premier temps, je n’ai vu que les désavantages. Dans ma tête, c’était simple, avoir mes parents à côté bouffer mon intimité. Moi, j’avais tout construit toute seule ici : mes habitudes, mes promenades en forêt, ma salle de sport, mes cours de danse, mes copines, ma Bite Unique. Tant de choses que je voulais garder pour moi. Si j’acceptais sans problème qu’ils habitent à 15 minutes, dans la même rue c’était inacceptable. Je me voyais déjà en partouze dans le jardin avec mon père à sa fenêtre. Impensable. Oui mais voilà, dans la réalité, c’est autre chose. Parce que je devais le reconnaître, je l’avais aussi connu lors de mes recherches, les biens étaient rares, les opportunités encore plus. En d’autres termes : je ne pouvais pas leur refuser l’accès à cette maison de rêve juste parce que nous étions voisins, surtout connaissant le marché de l’immobilier de la zone. J’acceptais donc, au moins une visite.
Et c’est le drame. Car cette maison en effet, elle était géniale. Absolument tout correspondait à l’annonce publiée, des photos jusqu’à la description. Ainsi, après 1 heure de visite, des vidéos à foison, une discussion avec l’agent immobilier pour savoir si elle était négociable, le moment fatidique est arrivé, celui où j’avais le dernier mot. Comme avec Jean-Pierre mais version « Qui veut perdre des millions ? ». Hiroshima des émotions. Telle une adolescente, je me suis retrouvée comme une gamine de 15 ans à qui on retirait son indépendance, sa liberté et son autonomie. Comment mes parents pouvaient venir habiter à côté de chez moi ? Et si je voulais faire une beuverie ? Et s’ils m’entendaient me faire prendre tant je crie fort ? Et s’ils me voyaient à poil dans ma piscine ? Faux, cela n’arrivera pas. Je n’ai toujours pas de piscine.
Nous sommes rentrés chez moi, à 5 minutes de la visite, avons sorti un apéro digne de ce nom (oui, toujours l’apéro) et le débrief est arrivé.
Puis, à force de réflexion, de discussion et de persuasion à moi-même, j’ai conclu que c’était une chance d’avoir ses parents, avec qui je m’entends extrêmement bien, à quelques minutes de chez soi. C’est ainsi que dès le lendemain, mes parents ont fait une offre… qui a été refusée.
A notre grande surprise, comme un mot de l’univers et surtout un esprit bancal du propriétaire, l’annonce a été retirée. Sans vraiment d’explication, mon voisin a décidé de ne plus vendre sa maison. Déception, même pour moi. Je m’étais faite à l’idée de les avoir en face.
Mais ce que l’avenir ne nous dit jamais, lorsqu’on a une déception, ce que bien meilleur arrive souvent après. Car le soir même, ma mère, telle une enquêtrice hors pair et particulièrement vexée de l’annonce, s’est remise à fond sur les petites annonces jusqu’à en trouver une. Une superbe. Encore mieux que l’autre. Et à 10 minutes de chez moi.
Celle-ci, elle avait tout. Vraiment tout. Et surtout une propriétaire qui n’annule pas la vente au dernier moment. C’est ainsi que, pour le bonheur de tous, mes parents sont venus habiter à quelques minutes de chez moi, dans leur propre village, nous offrant la chance de réunir notre famille (tout en gardant notre intimité), ce jour où ils ont déménagé.

8 réponses
Même quand tu nous racontes des bêtes d’histoires comme celles-ci, C’est toujours avec émotion qu’on peut les lire. Wahouuuu trop bien pour tes parents 😊
merci Cindy <3
Oooh c’est trop coool ! Jsuis contente pour votre famille ! Ça va chiner encore plus ta mère et toi réunies 😄
Je vis dans le même village que mes parents, mes grands-parents, mon oncle… et on peut passer des jours sans se voir finalement.
Mais c’est quand même un luxe d’être proche des personnes qu’on aime.
Puis si il te manque des œufs pour les cookies, tu pourras aller en chercher chez tes parents maintenant 😄
ahaha j’te jure ! un vrai luxe ! profitons-en 🙂
C’est une réelle chance de les avoir pas trop loin, et je pense que tes parents ne sont pas intrusifs et qu’ils respectent ta vie privée. Mais ne crie pas trop fort en cas de fortes tempêtes l’échos peut arriver chez eux 😉
ahahaha j’te jure !
Trop cool pour tes parents.
J’aurais aimer avoir une belle fusion avec mes parents mais se n’est pas le cas …
Pour avoir l’effet inverse (bonne relation avec ma belle famille) on habitait à 10 minutes de marche des beaux parents 3 minutes en voiture… mais c’est pas pour autant qu’ils etaient là … au contraire chacun sa vie et le weekend on le passer en famille…
désolée de le lire 🙁